Les Grandes Etapes de l’Histoire du Cameroun



La marche vers l’Indépendance

Le 21 octobre 1946 : Le Rassemblement Démocratique Africain (RDA), mouvement de lutte pour l’indépendance du Continent noir voit le jour ; l’UPC devient la section camerounaise de cette organisation panafricaine qui regroupe la quasi-totalité des pères fondateurs des indépendances africaines.

Le 10 Avril 1948 : Naissance de l’Union des Populations du Cameroun (UPC) à Douala ayant pour SG Ruben Um Nyobè ; premier parti politique créé à Douala qui formule clairement la question de l’indépendance et de la réunification du pays. Ses compagnons de lutte les plus prestigieux au rang desquels on peut citer Félix Roland Moumié, Président, Ernest Ouandié et Abel Kingué (tous deux Vice présidents), Ossendé Afana et bien d’autres.

Le 12 décembre 1952 : Premier réquisitoire de Um Nyobè aux Nations Unies intitulé « Que veut le Cameroun » pour dénoncer la lenteur de la France dans la mise en œuvre des réformes au Cameroun alors pupille des Nations Unies. Après une nouvelle tribune à l’ONU en Décembre 1953, il demande à la France, l’organisation d’un référendum sur l’indépendance et la Réunification en Janvier 1954.

Le 25 mai 1955 : Premier grand soulèvement populaire réprimé par la force coloniale. Um Nyobè est sous étroite surveillance, le parti est dissout et les principaux leaders prennent le chemin du maquis.

Le 13 juillet 1955 : Dissolution de l’UPC par l’administration française.

Le 23 juin 1956 : Gaston Deferre Ministre d’outre mer par la loi cadre communément appelée Deferre, donne la semi autonomie aux peuples indigènes.

Le 13 mai 1957 : André Marie Mbida leader du Bloc Démocratique Camerounais (BDC) est nommé Premier ministre. Jugé plutôt brutal et quasiment incontrôlable par le colon français, il est remplacé quelques mois plus tard..

Le 11 février 1958 : Le Premier ministre André Marie Mbida perd ses fonctions.

Le 18 février 1958 : Ahmadou Ahidjo est nommé Premier ministre.

Le 13 septembre 1958: Um Nyobè tombe sous les balles de l’armée coloniale française.

Le 1er janvier 1960 : la France proclame l’indépendance du Cameroun Oriental.

L’Indépendance & la Réunification

Le 1er janvier 1960 : Le Cameroun Oriental est déclaré souverain et indépendant.

         Dès le Jour de l’an 1960, le Cameroun est le premier pays à ouvrir la longue parade des indépendances africaines. Le Cameroun est alors un pays à part à tous points de vue. Protectorat allemand (juillet 1884 ) ; puis, mandat de la Société des Nations (en juillet 1919) à la France et à l’Angleterre d’administrer le Cameroun en deux territoires distincts, et pour finir pays sous tutelle de l’ONU (26 juin 1945). Le Cameroun n’a jamais été une « colonie ». C’est aussi sur son sol qu’a eu lieu la première guerre de libération de l’Afrique noire française sous l’impulsion de l’UPC, l’Union des populations Cameroun, de Ruben Um Nyobe.

Le 21 février 1960 : Référendum constitutionnel.

Le 5 mai 1960 : Ahmadou Ahidjo est élu Président de la République et a pour Premier ministre Charles Assalè.

Le 3 novembre 1960 : Mort par empoisonnement à Genève de Félix Roland Moumié, Président de l’UPC.

Le 11 février 1961: Sous l’impulsion de la Grande Bretagne, le Cameroun britannique doit faire le choix de son territoire. La Grande-Bretagne impose le choix à ce dernier, au cours d’un plébiscite, entre l’indépendance dans le cadre de la fédération nigériane ou l’indépendance dans le cadre d’une union avec la République indépendante du Cameroun. Les résultats du plébiscite partagent la poire en deux, la partie Nord du Cameroun britannique se rattache au Nigeria tandis que la partie Sud s’unit au Cameroun français devenu indépendant.

         Après ce plébiscite, des négociations en vue de trouver la constitution idoine pour les deux Cameroun sont engagées par les hommes politiques camerounais des deux rives du Moungo.

Le 12 février 1961 : La partie nord du Cameroun britannique se rattache au Nigéria.

Du 16 au 21 juillet 1961 : La Conférence de Foumban : les protagonistes optent pour la fédération. Le choix de cette option reposait cependant sur un malentendu car les leaders des deux délégations Ahmadou Ahidjo et John Ngu Foncha, n’avaient pas la même vision de la fédération. Foncha acceptait la fédération tout en pensant à la confédération où Buéa jouerait véritablement le rôle de capitale d’un Cameroun occidental suffisamment autonome.

         Ahmadou Ahidjo, quant à lui, acceptait la fédération tout en considérant qu’elle n’était qu’une étape vers un État unitaire où Yaoundé deviendrait la seule et véritable capitale du Cameroun.

Le 14 août 1961 : La Constitution fédérale est adoptée : Ahmadou Ahidjo devient Président de la République et John Nguh Foncha, Vice président.

Le 1er Octobre 1961 La partie sud du Cameroun britannique accède à son tour à l’Indépendance, en se rattachant officiellement à la République du Cameroun ; Ainsi naît la République Fédérale du Cameroun. Pour autant le malentendu évoqué plus haut n’était pas levé. Au contraire, Ahmadou Ahidjo, d evenu Président de la République Fédérale adopta une stratégie visant à amener les leaders politiques du Cameroun occidental à entrer dans ses vues.

1962 : Le franc CFA devient monnaie officielle du Cameroun.

Le 15 mars 1966 : OSSENDE Afana, premier économiste d’Afrique noire et dirigeant de l’UPC est tué sous maquis à l’Est du Cameroun.

Le 1er septembre 1966 : Naissance de l’Union Nationale Camerounaise (UNC). Ahmadou AHIDJO obtient une première victoire : tous les partis politiques du Cameroun occidental et certains du Cameroun oriental acceptent de se saborder afin de former, avec l’Union Camerounaise, l’UC, un parti unifié. C’est dans le cadre de ce dernier, l’Union Nationale Camerounaise, l’UNC que furent élaborées toutes les réflexions et les démarches qui allaient aboutir, le 20 mai 1972, à la création de l’État unitaire.

         Au-delà de cette évolution vers l’État unitaire, l’État fédéral fut confronté à la contestation de la légitimité du pouvoir que détenait Ahidjo depuis le 1er janvier 1960. En effet, une frange de la population camerounaise sous obédience de l’Union des Populations du Cameroun, l’UPC estimait que l’indépendance octroyée par les Français n’était qu’un simulacre et que Ahidjo n’était qu’un valet de la colonisation qu’il fallait combattre. Les leaders de l’UPC en exil déclenchèrent ainsi une insurrection armée dès la proclamation de l’indépendance, insurrection qui allait cependant connaître des débordements par certains des cadres dirigeants du mouvement nationaliste, se transformant quelquefois en actes de brigandage, de banditisme et en règlements de compte. Ahidjo, aidé en cela par les Français, allait mener une lutte sans merci contre ceux qu’il considérait alors comme des rebelles. La victoire fut de son côté car non seulement il bâillonna l’opposition intérieure à travers l’ordonnance de mars 1962 mais encore, les leaders de l’UPC en exil furent tués l’un après l’autre. Le dernier d’entre-eux, revenu au Cameroun pour organiser de l’intérieur la lutte armée, Ernest Ouandié fut arrêté, jugé dans un procès resté célèbre qu’on appela procès Ouandié-Ndongmo, et condamné à la peine capitale.

Le 28 mars 1970 : Ahmadou Ahidjo renouvelle son mandat à la magistrature suprême, avec comme Vice président, Salomon Tandeng Muna qui cumule cette fonction avec celle de Premier ministre.

Le 15 janvier 1971 : Fusillade sur la place publique d’Ernest OUANDIE, Vice président et denier chef historique de ‘UPC.

Le 20 mai 1972 : Référendum portant réunification des Cameroun oriental et occidental. Le Cameroun devient République Unie du Cameroun.

L’Unification

Le 20 mai 1972 : Le Cameroun est déclaré République Unie.

Le 30 juin 1975 : Paul BIYA est nommé Premier ministre de la République Unie du Cameroun.

Le 4 Novembre 1982 : Ahmadou Ahidjo démissionne de ses fonctions de Chef d’Etat de la République Unie du Cameroun contre toute attente et demande au peuple camerounais d’accepter son successeur constitutionnel à la magistrature suprême, en la personne de Monsieur Paul BIYA, jusque là Premier ministre.

Le 6 Novembre 1982 : Paul BIYA prête serment et devient Président de la République avec comme Premier ministre Bello Bouba Maigari.

L’Alternance

         L’ère connaît une évolution en deux phases. La première qui va de 1982 à 1990 est consacrée à la maîtrise et à la gestion de la transition et la seconde qui commence en 1990 consacre la renaissance des libertés, politiques au Cameroun.

         La démission d’Ahmadou Ahidjo et l’accession de Paul Biya semblaient indiquer des lendemains harmonieux au Cameroun car, dans son discours d’investiture, Paul Biya se prononça pour la continuité dans la fidélité à une institution et à un homme, son illustre prédécesseur. Très vite cependant, des fissures apparurent dans ce bel édifice car, tout en se prononçant pour la continuité, Paul Biya plaça son régime sous la bannière de la rigueur et de la moralisation, mots encore inconnus dans le langage politique camerounais. Des inquiétudes se firent jour çà et là et, Ahmadou Ahidjo, qui n’avait pas abandonné la direction du parti UNC à son successeur, crut utile de passer par ce canal pour reprendre d’une main ce qu’il avait donné de l’autre. Il annonça le 31 janvier 1983 que l’UNC avait la prééminence sur l’État et il s’employa à le démontrer sur le terrain par des entorses protocolaires.

         La fissure devint de plus en plus cassure et Paul Biya chercha à maîtriser et à gérer le pouvoir qu’il détenait. Il procéda à des remaniements ministériels, nommant de préférence des hommes à lui au détriment de ceux choisis par son prédécesseur. Le Cameroun entra alors dans une sorte de bicéphalisme qui donna lieu à des complots, des tentatives d’assassinats des procès et des condamnations. La crise la plus profonde dans cette bataille pour la maîtrise effective du pouvoir au Cameroun eut lieu le 6 avril 1984 lorsque certains officiers de l’armée camerounaise reconnus dans leurs faits et gestes, comme proches de l’ex Président de la République organisèrent un coup d’État pour renverser le président Paul Biya. Cette tentative de coup d’État échoua entraînant par ce fait même des procès.

         L’échec de ce coup d’État libéra totalement Paul Biya de l’emprise de son illustre prédécesseur. Pour matérialiser cette émancipation, le Président Paul Biya prit une série d’options politiques marquant clairement la fin du bicéphalisme et la maîtrise d’un pouvoir dont il était désormais le seul et légitime propriétaire. C’est ainsi qu’il décida, sans transition, de passer de la République Unie à la République du Cameroun, d’organiser le quatrième congrès de l’UNC (à Bamenda, Province du Nord Ouest) au cours duquel l’UNC fondé par Ahmadou Ahidjo devint le RDPC (Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais) avec pour fondateur Paul Biya. Il convoqua également les électeurs pour des présidentielles anticipées afin de se donner une légitimité populaire. Par ces actes, Paul Biya devint le véritable président de la République et put alors engager la seconde phase de sa gestion politique du Cameroun, celle qui est consacrée à la renaissance des libertés politiques.


Le 22 août 1983 : Tentative de coup d’Etat par des proches de l’ex président Ahmadou Ahidjo.


Le 27 août 1983 : Ahmadou Ahidjo démissionne de ses fonctions de Président national de l’UNC.


Le 14 septembre 1983 : Paul BIYA est élu Président de l’UNC.


Le 14 Janvier 1984 : Paul BIYA est élu Président de la République du Cameroun.


Le 21 janvier 1984 : Passage de la République Unie du Cameroun à la République du Cameroun.


Le 6 avril 1984 : Tentative de coup d’Etat par une fraction minoritaire de la garde républicaine.


Le 24 mars 1985 : L’Union Nationale Camerounaise devient Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC) lors d’un Congrès extraordinaire à Bamenda, dans la province du Nord ouest.

L’Ouverture démocratique

Le 5 décembre 1990 : Instauration du multipartisme.


Le 19 décembre 1990 : Promulgation d’une série de lois sur les libertés publiques, qui ouvrent la voie à la libération totale de la vie socio-politique, économique et culturelle au Cameroun :


Avril 1991 : Création du poste de Premier ministre, Chef du Gouvernement par majorité parlementaire, conformément à la loi portant révision constitutionnelle du 23 avril 1991.


Le 27 juin 1991 : Elévation au stade de héros national des principaux acteurs de la lutte pour la libération du Cameroun.


Le 1er mars 1992 : Premières élections parlementaires pluralistes.


Le 11 octobre 1992 : Paul Biya est élu Président de la République devant Ni John Fru Ndi, à l’issue d’un scrutin présidentiel pluraliste.


1994 : Tension croissante entre le Cameroun et le Nigeria à propos de la souveraineté sur la péninsule de Bakassi, riche en pétrole.


Janvier à mai 1996 : Affrontements entre le Cameroun et le Nigeria à propos de la péninsule de Bakassi. Les deux pays finissent par accepter une médiation de l'ONU.


Le 21 janvier 1996 : Premières élections municipales pluralistes.


18 janvier 1996 : Adoption d’une nouvelle Constitution.


10 octobre 2002 : La Cour internationale de justice (CIJ) de La Haye accorde la souveraineté de la péninsule de Bakassi au Cameroun. Le Nigeria dénonce ce jugement.


11 octobre 2004 : Réélection du Président Paul BIYA à la Magistrature suprême (1997/ 1992/ 1988).


14 août 2008 : Signature de l’accord de rétrocession de la péninsule de Bakassi au Cameroun à Calabar, capitale de l'État nigérian de Cross River, dont dépendait Bakassi.


20 mai 2010 : Début des commémorations de l’indépendance et de la Réunification du Cameroun.


AUTRES GRANDES DATES :


Du 23 février au 5 mars 1972 : Le Cameroun organise la première coupe d’Afrique des Nations sur son territoire.


8 mars 1975 : Première célébration de la journée internationale de la Femme.


1982 : Première participation de l’équipe nationale de football les lions indomptables à une phase finale de la coupe du monde de football en Espagne.


1984 : Première victoire des Lions Indomptables à une phase finale de la CAN en Côte d’Ivoire.


21 août 1986 : Eruption de gaz toxiques au lac Nyos (1746 morts).


1988 : 2ème victoire des Lions Indomptables à une phase finale de la CAN au Maroc.


1990 : Grande première pour une équipe africaine en quart de finales de la Coupe du Monde de Football, avec un Roger Milla époustouflant.


1993 : Entrée du Cameroun dans la francophonie


1995 : Entrée du Cameroun dans le Commonwealth.


2002 : Premières médailles olympiques des lions Indomptables à Sydney en Australie.



Les Principaux Acteurs de l’Histoire

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Ruben Um NYOBE est incontestablement le camerounais qui a clairement pensé, étudié, formulé et porté la question de l’indépendance de son pays et de la cause africaine. Il est de ce fait La grande figure de la cause indépendantiste et de la lutte contre l'oppression au Cameroun. Il voit le jour en 1913 à SongPeck près de Boumyebel dans l'arrondissement d'Eséka, (département du Nyong et Kellé). Fils de Nyobé NSOUNGA et de NGO UM NONOS, il fait ses études primaires dans les écoles locales des missionnaires presbytériens.


En 1931, il intègre l'école normale de Foulassi dans le Sud du Cameroun ; il en est renvoyé de cet établissement l'année où il doit obtenir son diplôme de fin d'études, suite à une grève dont il est le principal instigateur. Il reproche aux enseignants blancs de l’époque, la condescendance et le mépris qu’ils manifestent vis-à-vis des élèves africains. Il obtient son diplôme de fin d'études, en tant que candidat libre.


Il poursuit ses études en travaillant et obtient par correspondance sa première partie du baccalauréat en 1939. A partir de ce diplôme, il est fiché par la police coloniale comme étant un indigène dont il faut à tout prix empêcher l’affranchissement. Contraint d’abandonner ses études, Il se consacre au travail. Il est affecté au greffe du tribunal d'Edéa et se passionne pour le droit. Il découvre l'injustice à laquelle sont soumis les Camerounais, à travers le système d'indigénat. A la même période, il fait la connaissance d’un instituteur communiste français, du nom de Gaston DONNAT affecté disciplinairement au Cameroun.


Ensemble, ils lancent un cercle de réflexion d’obédience marxiste qui marque un tournant décisif dans la vision idéologique de Ruben Um Nyobè. Il adhère à la JEUCAFRA en 1936 (jeunesse camerounaise française), où il rencontre d’autres camerounais, tels Paul Soppo Priso, Charles Okala... Il n’y restera pas longtemps pour incompatibilité d’orientation et d’objectifs politiques ; il crée avec d’autres camerounais quelques années plus tard, le RACAM (Rassemblement Camerounais) qui sera interdit un mois après sa création. Entretemps il devient militant syndicaliste au sein de l’USCC (Union des Syndicat Confédérés du Cameroun) dont il devient le secrétaire général adjoint. Il va alors consacrer son énergie à créer une multitude de syndicats qu'il réussit à fédérer en unions syndicales régionales puissantes. UM NYOBE pense que l'indépendance seule peut permettre l'amélioration du sort des travailleurs et des masses laborieuses. Pour cette raison il lègue la conduite syndicaliste à ses camarades et notamment à son ami Jacques Ngom. L'indépendance du Cameroun devient alors pour lui, un objectif stratégique.


En 1946, la France autorise les activités politiques au Cameroun. Il saisit cette occasion et se rend à Abidjan à la création du RDA (Rassemblement Démocratique Africain) où il rencontre tous les autres progressistes africains, dont Houphouët Boigny, Modibo Keita, Sékou Touré, … Il en devient le vice président.


Le 10 Avril 1948, UM NYOBE avec d'autres patriotes créent l'Union des populations du Cameroun (UPC), qui devient la section camerounaise du RDA. Astucieusement et pour faciliter la reconnaissance du parti, ils décident d'un commun accord de ne pas apparaître officiellement sur les documents de déclaration. C’est la raison pour laquelle on retrouve comme membres fondateurs Etienne Libaï, fonctionnaire de la Météo, Léonard Bouli (qui sera le tout premier secrétaire général du mouvement nationaliste), président de l’association des Bétis de Douala et ex camarade de service à la justice de Ruben Um Nyobè. Après plusieurs hésitations des autorités coloniales, le parti est reconnu le 9 juin 1948. Aussitôt, UM NYOBE se dévoile et apparait le 17 Juin à Abidjan comme le représentant officiel de l'UPC au Congrès du Rassemblement Démocratique Africain. Il saisit l’occasion et pose clairement la question de la lutte de libération des peuples opprimés d’Afrique, et fait l’état de l’avancement de la question de la lutte de l’indépendance du Cameroun devant ses pairs.


De retour au Cameroun, il organise un congrès ordinaire de l’UPC à Dschang au cours duquel il officialise sa fonction de secrétaire général du Mouvement nationaliste et fait de Djoumessi Mathias président de l’UPC et par ailleurs président de l’association communautaire LEKUMZE, regroupant l’ensemble des ressortissants de l’ouest Cameroun. Le Ngondo et l’association AFULNA MEYONG du sud Cameroun en deviennent aussi membres de l’UPC.


Le 12 décembre 1952, il prononce à la tribune des Nations Unies à New York, un réquisitoire contre la France devant la commission de tutelle. Dans ce réquisitoire il démontre que la France administre le Cameroun de la même façon que ses propres colonies, avec l'intention de l'incorporer dans l'empire français. Pourtant, le Cameroun est une pupille de l'ONU qui en a seulement confié la tutelle à la France. Il dénonce les lenteurs de la France dans la mise en place des reformes politiques au Cameroun. De retour au Cameroun début 1953 UM NYOBE organise une assemblée populaire, au cours de laquelle il fait imprimer et distribue le texte de son intervention aux Nations Unie. Après concertation, un mémorandum est rédigé sous l’intitulé : «Que veut le Cameroun ? » Dans ce texte on peut retenir que le Cameroun veut la réunification des deux Cameroun d'une part et l'indépendance d'autre part.


UM NYOBE qui a trouvé une tribune attentive à l'ONU y retourne en Décembre 1953 où il présente le mémorandum et accuse encore la France de retarder l'émancipation du Cameroun. En Janvier 1954 il demande à la France d'organiser un referendum sur la question de la réunification et de fixer un délai pour la fin de la tutelle et l'accession à l'indépendance. Dès lors il fait l'objet d'une surveillance stricte des autorités françaises. Le 18 avril 1955 son domicile est attaqué par la Police. Sa femme et une vingtaine de ses partisans sont pris en otage. Um Nyobè se réfugie à Boumnyebel, son village natal. C'est le moment que choisit l'église catholique pour mettre en garde les fidèles à travers une lettre pastorale signée de Monseigneur Graffin contre l'UPC taxée de d’obédience communiste.


A la suite de la publication de cette lettre pastorale, des incidents éclatent entre les indépendantistes de l'UPC et les anti-indépendantistes animés par BDC (Bloc démocratique Camerounais).


Dans certaines localités, les missionnaires sont agressés et les biens de l'église saccagés. Um Nyobe et ses partisans gagnent le maquis dans la forêt de Boumnyebel pour poursuivre leurs activités politiques dans la clandestinité. Félix Roland MOUMIE qui devient président officiel de l'UPC au Congrès d’Eséka en 1952, avec d'autres leaders, Abel Kingue, Emest OUANDIE (tous deux Vice présidents) se refugient a Kumba. De Kumba ils s'exilent à l'étranger. UM NYOBE resté au Cameroun, incarne désormais tout seul, I'UPC sur le sol colonial. Les Français qui savent qu'il est de l'aile la plus modérée du parti et qu'il est le plus populaire et le plus écouté des leaders de l'UPC, lui envoient plusieurs délégations (dont la première conduite par Monseigneur Thomas Mongo, évêque de Douala) pour le convaincre de sortir du maquis avec ses partisans et négocier. Mais UM NYOBE demande des garanties politiques, notamment la réhabilitation de son parti, I'UPC, ce que la France refuse.


Le 11 juillet 1955, Houphouët Boigny convoque une réunion du Rassemblement Démocratique Africain (RDA) à Conakry en Guinée. Au cours de cette réunion, la décision est prise d’exclure l’UPC définitivement du Mouvement panafricain. Sékou Touré s’y oppose, mais il est mis en minorité. Le 13 juillet, la dissolution de l’UPC est prononcée par l’administration coloniale française. A partir de cette date, l’UPC devient un mouvement essentiellement clandestin. La France réagit avec une violence inouïe et Um Nyobè est contraint à la clandestinité. Il installe sa base dans son village natal à Boumnyebel.
Au début du mois de Septembre 1958, les militaires français localisent son poste de commandement le grand maquis à Mametel avec l’aide d’un guide du nom de Makon ma Bikak. Informé, UM NYOBE quitte Mametel le 10 Septembre en pleine nuit sous une pluie battante avec huit de ses fidèles (Yem Mback -commandant de la branche armée du mouvement CNO-, Yembel Nyebel -son secrétaire particulier-, son épouse portant son fils Daniel Ruben Um Nyobè-, Mayi Matip Théodore –président de la Jeunesse Démocratique Camerounaise JDC- Ils décident d'aller se cacher dans le maquis dirigé par Alexandre Mbend Liot. Le lieu de rendez-vous est une grotte secrète lia ii njee qui signifie la tanière des lions. Um Nyobe décide alors de dépêcher deux éclaireurs au village le plus proche. Leur mission est de ramener un guide capable de conduire le groupe jusqu'au maquis de Mbend Lio t.


Mais le 13 Septembre, Mayi Matip fait un tour dans un village voisin et en revient avec une montre toute neuve remarquée par Ruben Um Nyobè qui constate que Mayi Matip scrute en permanence cette montre. A un moment donné Mayi Matip prétexte une envie de se soulager et se désolidarise du groupe. C’est à ce moment qu’avant le retour des éclaireurs, des coups de feu éclatent. Yem Mback est tué a bout portant ainsi que les deux femmes du groupe. Um Nyobe est identifié par les indicateurs qui accompagnent la patrouille. II est sans arme et tient à la main un cartable qui contient ses documents et son agenda personnel. Paul Abdoulaye, soldat d'origine Sara (Tchad) enrôlé par I' armée française, ouvre le feu sur lui. II est atteint au dos et meurt dans d'atroces souffrances. Theodore Mayi Matip échappe au massacre. Le corps de Um Nyobe est enroulé dans un drap puis traîné jusqu'a Boumnyebel où il est exposé au public pour confirmer et témoigner de sa mort réelle.


Il a été enterré le plus sobrement du monde en présence d’un proche parent par ailleurs pasteur, le révérend Song Nlend.


De son vrai nom Castor OSENDE AFANA voit le jour dans la petite localité Nkogksaa, département de la Lékié en 1930. Très tôt, il rejoint la capitale Yaoundé. Ses idées progressistes frondeuses et de résistance germent au lycée général Leclerc de Yaoundé au Cameroun, établissement dans lequel il décide de se séparer de son prénom « Castor », en exigeant des autorités de ne plus lui destiner de littérature comprenant ce nom, pour quelque raison que ce soit. Il va jusqu’à en vouloir à son père et à l’église catholique, de non seulement de lui donner un prénom non africain, mais en plus, qui renvoie à l’appellation d’un animal rongeur.


En 1952, il est un des meneurs de la grève des élèves noirs du lycée qui revendiquent une amélioration de leurs conditions de vie à l'internat. Déjà proche des idées de l'UPC -Union des Populations du Cameroun, principal parti revendiquant l’indépendance- il donnera sa véritable dimension et son leadership en France où il poursuit ses études à Toulouse, puis à Paris.


A Toulouse, il se retrouve dans le même comité de base de l’UPC que Paul Tessa, Augustin Frédérik Kodock, Jacques Roger Booh Booh… Il adhère à l’UNEK (Union Nationale des Etudiants Kamerunais) section de la FEANF (Fédération des Etudiants d’Afrique noire de France) ; dans cette structure, il fait la connaissance d’autres étudiants progressistes, notamment le guinéen Alpha Condé, le congolais Pascal Lissouba, l’ivoirien Henri Konan Bédié et bien d’autres. Au sein de ce moule où se distingue l’essentiel de la crème africaine estudiantine, il anime le journal de la FEANF et fait partie du Comité d’accueil qui gère les publications de l’UPC en France, notamment la voix du Kamerun, et surtout l’organisation des voyages de tous les cadres politiques du mouvement de l’UPC de passage en Europe en général. C’est ainsi qu’il se fait remarquer par le président Félix Roland Moumié, qui en fait un de ses proches collaborateurs très écouté. A ce titre, il est régulièrement reçu par des chefs d’Etat progressistes africains.


Parallèlement à son action militante, il mène de brillantes études qui aboutissent à l’obtention d’un doctorat d’Etat en économie, le premier en Afrique noire. Débordant d’énergie, il publie un best seller dont le titre « l’Economie Ouest africaine » où il affirme qu’il n’y a pas de véritable indépendance sans indépendance monétaire. Il milite ainsi pour une monnaie africaine qu’il baptise Afrik. Son livre a été traduit en plusieurs langues internationales et souvent cité en référence dans les hautes sphères de l’économie mondiale.


Très grand admirateur de Ché Guevarra, au cours d’une réunion à Paris, il déclare que la théorie ne vaut rien sans la pratique. C’est à cette occasion qu’il informe ses camarades qu’il est sur le point de rejoindre son pays le Cameroun, pour apporter sa contribution à la lutte de libération aux côté d’Ernest Ouandié alors Vice président de l’UPC. Avant cette décision, il prend langue avec le mouvement maoiste chinois qu’il informe de sa nouvelle orientation de sa lutte.


Aux côtés d’Ernest Ouandie, il crée le Comité révolutionnaire, dont Ernest Ouandié est président ; comme autres membres quelques jeunes cadres nouvellement sortis d’universités occidentales, parmi lesquels Woungly Massaga –Docteur en mathématiques-, Docteur Ndongo Diyè –médecin-, Maître Michel Ndoh –avocat- Njawé Nicanor, Tchaptchet et le Vice président Abel Kingué ; il choisit la lutte armée dans le maquis camerounais où il était chargé du Deuxième front à l'est du pays, pendant que Woungly Massaga dirigeait le Premier front à Djoum au sud du Cameroun. Le Congo est sa base arrière. Son maquis est repéré au mois de février 1966 ; le Président Ahmadou Ahidjo exige formellement qu’Ossendé Afana lui soit ramené à Yaoundé vivant ou mort, sachant que la seule indication précise sur sa description est qu’il porte des lunettes et qu’en grand admirateur de Um Nyobè, il mettait les mêmes patogas pour parcourir la forêt. Les conditions de son assassinat le 15 mars 1966 à l’âge de 36 ans, pas loin de la frontière congolaise restent troubles, mais les témoignages s'accordent à reconnaître une impréparation possible du front et des trahisons certaines.



Ernest Ouandié, celui que ses compagnons de lutte appelaient camarade Emile voit le jour à Bangou en 1924, dans le département des hauts plateaux à l’ouest du Cameroun. Son diplôme de moniteur indigène obtenu en 1943 à l’Ecole Supérieure de Yaoundé en poche, il est affecté tour à tour dans plusieurs ville dont Edéa, où sa vie prend un tournant décisif ; il y rencontre l’essentiel de ses futurs camarades du parti dont particulièrement Marthe Eding son épouse.


Militant de l’Union des Syndicats Confédérés du Cameroun (USCC), il est indexé par l’administration coloniale comme activiste et agitateur. Par ce truchement du syndicalisme, il adhère à l’UPC. Lors du Congrès d’Eséka en 1952, il devient Vice président chargé de l’Organisation et responsable des organes de presse, dont la Voix du Kamerun.


Au moment de la dissolution de l’UPC en mai 1955,Ernest Ouandié se retrouve à Kumba avec Félix Roland Moumié, Abel Kingué et Ndeh Ntumazah. Ils s’exilent tous à l’étranger et forment leur base à Accra au Ghana, chez Nkwamé Nkrumah. Plusieurs cadres issus des universités occidentales, se mettent à sa disposition sur sa base d’Accra. Il fait la navette entre Khartoum au Soudan, le Caire en Egypte où est basé Félix Roland Moumié et Conakry en Guinée où certains cadres de l’UPC travaillent pour le compte de Sékou Touré.


En 1961, il décide rentrer et de relancer la lutte armée au Cameroun. Après avoir réussi à mobiliser l’essentiel des militants, et le renfort des jeunes cadres venus d’Accra, il tient une assemblée populaire sous maquis d’où naît en 1962, le Comité révolutionnaire, nouvelle direction de la lutte armée dont il est le président.


Parallèlement au Comité révolutionnaire, il lance l’ALNK (l’armée de libération nationale du Kamerun). Il organise la résistance à sa manière. Comme dans tout mouvement révolutionnaire, son organisation est infiltrée. Son amitié avec l’évêque de Nkongsamba, Monseigneur Albert Ndongmo est entourée de mystère et d’appréhension par la quasi-totalité des membres du Comité révolutionnaire. Cette suspicion s’intensifie en 1970 ; l’évêque joue l’intermédiaire entre les autorités de Yaoundé et le maquis d’Ernest Ouandié. Mais ce dernier ne lui reconnaît pas la légitimité de ce rôle qui persiste. De ce fait, l’étau se resserre autour du maquis. Il convainc Ernest Ouandié de sortir du maquis et qu’il organisera son repli tactique à l’étranger, en lui fournissant un passeport. L’évêque n’est plus jamais revenu sur les lieux de leurs échanges. Pourtant, c’est en ces lieux que le 21 août 1970, Ernest Ouandié sera arrêté, ainsi que l’évêque de Nkongsamba. Suivra un procès au Tribunal militaire de Yaoundé au cours duquel Ernest Ouandié ne bougera pas sa ligne.


Le Président Ahidjo déclare au cours d’une grande interview « Ndogmo je le méprise, je ne le tuerai pas, mais Ouandié, je le respecte et je le tuerai ».


Monseigneur Albert Ndongmo est relâché et s’installe au Canada. Ernest Ouandié quant à lui est condamné à la peine capitale.


C’est ainsi que le vendredi 15 janvier 1971, vers cinq heures du matin, un avion militaire ayant à son bord le condamné atterrit à la base militaire de Koutaba où il sera conduit au camp militaire de Bamoungoum, à l’entrée de la ville de Bafoussam. La dernière personne qui converse avec le condamné n’est autre que son confesseur, le curé de la Paroisse de Tamja, l’Abbé André Wounking, qu’Ernest Ouandié charge de transmettre au Président Ahmadou Ahidjo, que le sang des patriotes versé est une semence du nationalisme. A ce titre, il est convaincu que personne ne viendra à bout du nationalisme Cameroun. De plus il est certain qu’on parlera de lui à la place centrale de l’Histoire du Cameroun.


A dix heures, ayant refusé au préalable que les éléments de l’armée camerounaise lui bande les yeux, il a pris l’option d’affronter le peloton d’exécution en face.


Etaient présents ce jour là, Gilbert Andzé Tsoungui, Inspecteur fédéral de l’Administration, Monsieur Mpeck, Préfet de la Mifi, le sous-préfet de Bafoussam, Daniel Sobtejou, le Commissaire Mfou, chef de service provincial de la sûreté nationale, autorité.


Le 27 juin 1991, Ernest Ouandié est proclamé avec d’autres, héros national. Il serait par la suite réhabilité le 16 décembre 1991.



Médecin diplômé de la prestigieuse Ecole William Ponti de Dakar. Felix Roland MOUMIE Est né le 1er novembre 1925 près de Foumban, dans l’ouest du Cameroun. C’est au cours de son séjour sénégalais comme étudiant qu’il fait la rencontre de Um Nyobè, qui décide à son retour au Cameroun de faire de ce brillant étudiant, le président de l’UPC en 1952, lors du Congrès d’Eséka. Il affiche clairement son appartenance à l’idéologie marxiste et assume la fonction de Directeur de l’école des cadres du parti. L’administration coloniale, par opposition à Um Nyobè considéré lui comme fort mais modéré, le service de renseignements colonial le prenait plutôt pour un va t’en guerre, extrémiste idéologiquement marqué communiste, militant de la lutte armée.


Déplacé à plusieurs reprises par l’administration coloniale de villes en villes, il fait la connaissance à Ebolowa de son épouse Marthe Akamayong avec qui il a une fille, aujourd’hui exilée volontaire au Portugal. En décembre 1954, le nouveau gouverneur Roland Pré décide de ramener tous les cadres de l’UPC à Douala pour mieux les contrôler. Le 31 décembre 1954, Félix Roland Moumié lui présente une carte de vœux manuscrite au nom de l’UPC, sur laquelle il lui déclare que rien ne lui sera donné, qu’il sache que le Kamerun, pays pour lequel ils se battent pour l’indépendance, ils sont prêts à aller jusqu’au sacrifice suprême.


De son séjour sénégalais, Félix Roland Moumié tisse de solides relations dans les milieux progressistes africains et internationaux. De retour au Cameroun, il en fait bon usage. Il devient un conseiller très écouté de certains chefs d’Etat africains, notamment Ahmed Sékou Touré, Nkwameh Nkrumah, Patrice Lumumba, Ben Bella… En mai 1955, l’UPC est dissout par Roland Pré et ses membres sont contraints à la clandestinité. Félix Roland Moumié se retrouve avec ses compagnons de lutte à Kumba dont Ernest Ouandié, Abel Kingué, Ndéh Ntumazah… A cheval entre Accra et Conakry, il fait sa base au Caire en Egypte ; Abdel Gamal Nasser, Président de l’Egypte lui apporte un soutient multiformes et finance entre autres activités, la radio « La Voix du Kamerun », ainsi que des bourses d’étudiants camerounais progressistes.


Aimant la presse et les hommes de médias, il se laisse naïvement approcher par un faux journaliste en réalité agent des services secrets français, du nom de William Betchel. Ce dernier gagne sa confiance et devient son confident et son conseiller en communication. Lors d’un séjour genevois en Suisse, le samedi 15 octobre 1960, William Betchel invite le Président Moumié dans un restaurant huppé, où il se rend en compagnie de Jean Martin Tchaptchet pour une interview. A peine arrivé, Moumié est demandé au téléphone, ce qui le surprend et l’étonne, car personne ne sait qu’il se trouve dans ce restaurant, mais il va répondre. Pendant ce temps, le journaliste occupe l’étudiant en lui montrant quelques documents confidentiels sur son pays. Il profite de cette distraction de Tchaptchet pour verser discrètement une quantité de thalium dans le pernod de Félix Roland Moumié. Ce dernier revient en se plaignant qu’il n’a eu aucun interlocuteur au bout du fil, il parla beaucoup mais ne but pas son apéritif toujours sur la table. Betchel répète le même stratagème du coup de fil et cette fois-ci, met du thalium dans son verre de vin. Moumié finira par boire les deux verres, ce qui sera foudroyant. Hospitalisé, il meurt empoisonné à Genève le 3 novembre 1960.



André Marie MBIDA : Premier Premier ministre camerounais, mit moins d’un an en fonction de mai 1957 à février 1958, après ce qu’on appela le coup d’Etat de Ramadier.
Né le 1er janvier 1917 à Edingding , premier prisonnier politique du Cameroun indépendant, du 29 juin 1962 au 29 juin 1965.



Ahmadou AHIDJO est né le 24 août 1924 à Garoua, et mort le 30 novembre 1989 à Dakar, Sénégal. Il est le premier président du Cameroun. Fils d'un chef foulbé de religion musulmane, Ahmadou AHIDJO est un autodidacte qui a intégré l'administration française comme télégraphiste puis opérateur radio.

Élu à l'assemblée territoriale du Cameroun en 1947, il devient conseiller de l'Assemblée de l'Union française de 1953 à 1958 et président de celle-ci en 1957. Vice-premier ministre chargé de l'intérieur après l'octroi de l'autonomie interne au Cameroun, puis ministre de l'intérieur (mai 1957). Il est élu en mai 1960 président du Cameroun.

John NGU FONCHA fut le Premier ministre du Cameroun britannique du 1er février 1959 au 1er octobre 1961, puis Premier Vice président de la partie occidentale du Cameroun réuni (1er octobre 1961) au 13 mai 1965. Il deviendra par la suite un opposant, proche des indépendantistes du Southern Cameroon national council. De 1942 à 1957, il est militant syndical auprès du syndicat des professeurs catholiques de Bamenda et du président de la section de Bamenda du syndicat nigérian des professeurs (Nigerian Union of Teachers).

L’homme du Renouveau


La trajectoire politique exceptionnelle de Paul BIYA revêt les oripeaux d’une particularité qui a commencé dès son enfance Paul BIYA naît le 13 février 1933 à Mvomeka’a, non loin de Sangmélima, dans le Sud-Cameroun, du feu Etienne MVONDO ASSAM et de feue Madame MVONDO née Anastasie EYENGA ELLE.


Son itinéraire est d’abord celui d’un jeune homme né pendant la colonisation et destiné à devenir un homme d’église. C’est donc un humaniste qui sort des différents parcours scolaires à l’Ecole catholique de Nden où il obtient Le CEPE en juin 1948 ; au pré séminaire Saint Tharcissius à Edéa (1948- 1950) ; au Petit Séminaire d’Akono (1950-1954) et au Lycée Général Leclerc où son cycle secondaire s’achève avec l’obtention du Baccalauréat, série philosophie, en juin 1956.


Son séjour à Paris, en France, comme étudiant lui donne l’occasion de découvrir la philosophie occidentale et de lire certains des auteurs qui, aujourd’hui encore, guident sa pensée. Au Lycée Louis-le-Grand à Paris ainsi qu’à l’Institut d’études politiques de Paris ou à l’Institut de Hautes Etudes d’Outre-Mer, il demeure fidèle à ses convictions d’adolescent. Il croit en l’homme, en sa capacité de dépassement de soi et en son besoin naturel de liberté. Sa formation académique est essentiellement juridique : Licence en Droit public (1960), diplôme de l’Institut d’Etudes Politiques (1961), diplôme de l’Institut des Hautes Etudes d’Outre-Mer (1962), diplôme d’Etudes supérieures en Droit public (1963). Les rares jeunes cadres africains qui avaient effectué un tel parcours à la fin des années 1950 débarquaient naturellement au sein de la haute administration. Paul BIYA n’échappera pas à ce destin. Revenu au Cameroun au lendemain de l’indépendance, il est immédiatement nommé Chargé de mission à la présidence de la République en octobre 1962. Il occupe cette fonction pendant moins de deux ans et devient Directeur du Cabinet du ministre de l’Education nationale en janvier 1964. Promu Secrétaire Général du même ministère en juillet 1965, et en janvier 1968, il est nommé Secrétaire Général de la Présidence de la République, cumulativement avec ses fonctions de Directeur du Cabinet Civil. Itinéraire fulgurant. Mais le meilleur est à venir.


En août 1968, Paul BIYA entre au Gouvernement comme ministre Secrétaire Général à la présidence. En juin 1972, il est promu ministre d’Etat, Secrétaire Général à la présidence de la République. Il occupe ces fonctions pendant cinq ans, puis est nommé Premier ministre le 30 juin 1975. Il devient le successeur constitutionnel du Chef de l’Etat en juillet 1979. Et Président de la République, après la démission d’Ahmadou Ahidjo, le 6 novembre 1982, en vertu de l’amendement constitutionnel issu de la loi n°79/02 du 29 juin 1979.


Le Chef de l’Etat Paul BIYA est marié depuis le 23 avril 1994 à Chantal BIYA, après le décès de sa première épouse. Il est père de trois enfants : Franck BIYA, Paul BIYA Junior et Anastasie Brenda BIYA EYENGA.



L’homme politique


Lorsqu’il prête serment pour la première fois en novembre 1982, Paul BIYA axe son action sur la démocratisation de la vie politique, la libéralisation sociale et économique, la rigueur dans la gestion, la moralisation des comportements et le renforcement de la coopération internationale.

Le nouveau Chef de l’Etat décide d’asseoir son pouvoir sur la structure politique la mieux organisée de l’époque, l’ancien parti unique : l’Union Nationale Camerounaise (UNC). Il est élu président du parti le 14 septembre 1983. Il organise ensuite une élection présidentielle anticipée et est élu Président de la République en janvier 1984, réélu en avril 1988 et en octobre 1992. Ce dernier scrutin est la première élection présidentielle au suffrage universel direct avec multiplicité de candidatures dans l’histoire du Cameroun. En novembre 1997 et en octobre 2004, il est réélu pour un mandat de sept ans.


Paul BIYA décide alors d’accélérer les réformes politiques pour conforter définitivement sa main mise sur les rênes du pouvoir. En mars 1985, il redynamise l’UNC, lors d’un mémorable Congrès tenu à Bamenda, en réorganisant ses structures et en le rebaptisant Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC). Puis il encourage ses compatriotes à s’intéresser à la vie politique et à exprimer librement leurs idées. Il n’en fallait pas plus pour susciter un foisonnement d’initiatives de toutes tendances. Y compris au sein même de son propre parti, le RDPC. Paul BIYA dira plus tard : “ le nom (du RDPC) n’est pas dû au hasard. Il s’agissait, en effet, d’abord, de rassembler, sans exclusive, nos concitoyens de bonne volonté, pour qui l’unité et la stabilité de notre pays sont les biens le plus précieux. Il s’agissait aussi de démocratiser une société politique qui avait eu sans doute ses mérites à un moment de notre histoire nationale, mais qui paraissait incapable d’évoluer. Il s’agissait enfin de rapprocher le pouvoir du peuple souverain, afin que celui-ci soit mieux associé à la conduite des affaires publiques. Ce sont ces objectifs que le RDPC s’est efforcé d’atteindre progressivement. D’abord en s’appliquant à lui-même les règles de pluralisme, ensuite, en donnant la parole à la base pour qu’elle puisse s’exprimer. C’est dire que lorsque le vent d’Est a abordé le rivage de l’Afrique, nous avions déjà entamé le processus démocratique. Le “ vent d’Est “ dont parle le Chef de l’Etat stimule, en 1990, moult initiatives politiques de toutes colorations. Même si les premiers partis d’opposition ne sont reconnus et légalisés qu’en début février 1991, l’année 1990 marque le début du processus démocratique camerounais. Cette année là, le Cameroun a renoué de manière irréversible avec la démocratie pluraliste. C’est l’aboutissement du travail mené avec méthode, tact et réalisme par Paul BIYA dès son accession à la Magistrature suprême le 6 novembre 1982. Son expérience à la tête de l’Etat lui a permis de consolider les acquis démocratiques (élections pluralistes, Constitution moderne) et d’engager une profonde réforme de l’Etat. En outre, la paix et l’Unité ont été préservées, voire renforcées.


L’orfèvre de la libéralisation


Le leitmotiv de la politique du président Paul BIYA est, depuis son accession à la magistrature suprême, la marque du sceau de la libéralisation de la société camerounaise. Sous lui, le Cameroun vit un régime de paix, de liberté et de stabilité politique. La démocratie est réelle. Les élections sont démocratiques, libres et transparentes. L’option de libéralisation est clairement exprimée en juin 1991 devant les élus du peuple : “ Graduellement et méthodiquement, nous avons libéralisé et démocratisé la vie nationale. Toutes les lois susceptibles de porter atteinte aux libertés individuelles et collectives ont été supprimées ou révisées de fond en comble ; nous avons instauré le multipartisme. La liberté de la presse et la liberté d’opinion sont garanties “. Ce processus de modernisation politique est traduit par la mise en place d’institutions qui consacrent la séparation des pouvoirs et la garantie des droits individuels, à travers la révision constitutionnelle du 18 janvier 1996 ; la promulgation d’un nouveau Code de procédure pénale plus respectueux des droits de la défense et de la présomption d’innocence.


La consécration de la liberté politique se manifeste à travers la pratique et les discours : le Président réaffirme avec fierté qu’au Cameroun “ on n’a plus besoin de prendre le maquis pour exprimer ses idées “. A titre d’illustration, on dénombre à ce jour 197 partis politiques qui, depuis 1990, prennent part aux consultations électorales. En décembre 2000, à la demande d’une grande partie de l’opinion, il est créé un Observatoire National des Elections (ONEL). En novembre 2006, divers acteurs sociaux dans le cadre d’une large consultation, réfléchissent pour moderniser la nouvelle méthode d’organisation des élections. C’est ELECAM dont les activités débutent en juin 2008.


Le Président de la République est titulaire de plusieurs décorations et distinctions honorifiques :


  • Grand-Maître des Ordres nationaux (République du Cameroun)
  • Grand-Croix de la Légion d’Honneur (République française)
  • Great Commander of the Medal of St- George (Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord)
  • Grand-Croix de classe exceptionnelle (République Fédérale d’Allemagne)
  • Grand Collier de l’Ordre du Ouissam Mohammadi (Royaume du Maroc)
  • Great commander of the Order of Nigeria (République fédérale du Nigéria)
  • Grand-Croix de l’ordre national du Mérite (République du Sénégal)
  • Commandeur de l’Ordre national tunisien
  • Docteur Honoris Causa de l’Université du Maryland (USA)
  • Professeur Honorifique de l’Université de Beijing (République Populaire de Chine)
  • Lauréat du prix du CEPS (édition 1988)
  • 6 novembre 1982 : Son Excellence Paul BIYA devient Président de la République par le jeu des mécanismes constitutionnels à la suite de la démission de Monsieur Ahmadou Ahidjo
  • 14 janvier 1984 : Son Excellence Paul BIYA est élu Président de la République
  • Membre du Bureau politique et du Comité Central de l’Union Nationale Camerounaise (UNC) depuis le 2e congrès ordinaire du parti en février 1975 à Douala et Vice Président du Comité Central de l’UNC après le congrès de Bafoussam en février 1980
  • Il est élu Président de l’Union Nationale Camerounaise (UNC) lors du 2e congrès extraordinaire du parti tenu à Yaoundé le 14 septembre 1983
  • Il est triomphalement porté à la Présidence du Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC) à l’issue du 4e congrès ordinaire de l’Union Nationale Camerounaise tenu du 21 au 25 mars 1985 à Bamenda, qui vit la transformation de ce parti et son changement de dénomination
  • 24 avril 1988 : il est réélu Président de la République
  • 12 octobre 1992 : il est à nouveau porté à la tête de l’Etat à l’issue de la première élection présidentielle pluraliste
  • 12 octobre 1997 : il est porté en triomphe à la tête de l’Etat et entame son premier septennat
  • 11 octobre 2004 : Son Excellence Paul BIYA est réélu Président de la République

Grand sportif, Paul BIYA aime faire du vélo, du jogging ou de la marche lorsque le temps le lui permet.



Documents

L'accord de tutelle pour le territoire du Cameroun sous administration britanique

Agreement between the United Kingdom and Germany respecting the settlement of the frontier between Nigeria and the Cameroons, from Yola to the sea, and the regulation of navigation on the cross river (English Version)

British mandates for Cameroons Togo and East Africa (English Version)

Acte géneral de la Conférence de Berlin

Convention between UK and USA respecting the rights of the governments of the two countries and their respective nationales in part of the former german protectorate of the Cameroons (English Version)

Déclaration Franco-Britannique du 10 Juillet 1919

Projet de déclaration internationale relative aux occupations de territoires

Mandat britannique sur le Cameroun du 20 Juillet 1922

Mandat Français sur le Cameroun du 20 Juillet 1922

Pacte de la Société des Nations

Traité de Coopération entre le Cameroun et la France

Trusteeship agreement for the territory of the Cameroons under british administration (English Version)



Les symboles de la République


Drapeau :

Le drapeau national du Cameroun dans sa forme actuelle de trois bandes verticales d’égale dimension aux couleurs traditionnelles panafricaines vert/rouge/jaune, avec une étoile dorée au centre de la bande rouge, a été adopté le 21 mai 1975. La bande verte représente la forêt du Sud du Cameroun, la bande rouge symbolise le sang du peuple versé pendant la guerre en vue de l’indépendance et de la réunification du pays, l’étoile dorée symbolise l’unité, et la bande jaune représente le soleil et la savane du nord Cameroun


Armoiries :

Devise :     Paix - Travail - Patrie




Sceau :

Michel Modo, auteur de la tête de Kara (encadrée de part et d’autre par deux tiges de sésame, inspirée des fables de la Fontaine), jeune fille qui figure au cœur du sceau ci-dessus, a finalisé ce dessin le 29 janvier 1957 alors qu’il était jeune élève à l’école Saint Charles d’Etok, par Obala, dans la Lékié. Le Premier ministre André Marie Mbida était alors à la recherche d’un sceau pour l’Etat du Cameroun en création, retient ce dessin qui sera validé et adopté par Ahmadou Ahidjo le 28 mars 1960.



Hymne national :

Ô Cameroun berceau de nos ancêtres,
Va debout et jaloux de ta liberté.
Comme un soleil ton drapeau fier doit être
Un symbole ardent de foi et d'unité.
Que tous tes enfants du nord au sud,
de l'est à l'ouest soient tout amour,
Te servir que ce soit leur seul but,
Pour remplir leurs devoirs toujours.

Refrain :
Chère patrie, terre chérie,
Tu es notre seul et vrai bonheur,
notre joie et notre vie,
A toi l'amour et le grand honneur.

Tu es la tombe où dorment nos pères,
Le jardin que nos aïeux ont cultivé.
Nous travaillons pour te rendre prospère.
Un beau jour enfin nous serons arrivés
De l'Afrique sois fidèle enfant,
Et progresse toujours en paix,
Espérant que tes jeunes enfants,
T'aimeront sans bornes à jamais.


A l’origine, chant de ralliement composé par des élèves de l’école normale de Foulassi, localité située à quelques kilomètres de Sangmélima, dans la région du Sud. Il est en 1928 demandé aux écoliers de faire un devoir sur le thème « exprimer l’espoir en l’avenir du Cameroun ». René Jam Afane parmi d’autres, choisit de restituer son devoir sous forme de poème. Il compile les meilleurs vers des poèmes rendus et compose les premières paroles de l’hymne national du Cameroun. Qui doivent être accompagnées de musique. Un appel est fait aux trois musiciens de la promotion : Michel Nkomo Nanga, Nyatte Nko4o et Samuel Minkyo Bamba. C’est l’œuvre de ce dernier qui sera finalement retenue. Ce chant de ralliement est ensuite enseigné dans toutes les écoles du pays et est adopté par la première Assemblée législative (1957/1959) comme hymne national du Cameroun. La loi y afférente est promulguée le 5 novembre 1957, alors que l’hymne est officieusement utilisé depuis 1948.